Billet 11: Famille en affaires. Trois rôles en un. Un triple défi!

Publié le lundi 30 octobre 2018 par Sylvie Huard dans la catégorie Famille en affaires: Complicité des générations, Gestion des conflits, Harmonie au travail, Relève d'entreprise, Relève familiale

Voulez-vous que je lise ce billet pour vous?

Plusieurs malentendus peuvent émerger au sein d’une famille en affaires. Ces malentendus découlent souvent de non-dits qui animent les différentes générations. Les parents considèrent que les jeunes ne se responsabilisent pas assez et la relève ne veut surtout pas bousculer ceux qui sont en autorité. J’ai vécu cette situation dans mon propre conseil de famille, lorsque j’ai compris que ma fille n’osait pas partager toutes ses idées ou ses opinions avec moi. Or, la clé de la pérennité de l’entreprise repose sur ce partage.

Nous avons vu dans le dernier billet de blogue que chaque voix est importante au sein d’une entreprise afin d’atteindre le « brain » collectif , une vision à 360 degrés constituée du savoir de tous les membres de l’organisation. Afin d’entendre ces voix, il est nécessaire d’établir une communication saine au sein de cercles de communication permanente tels que le conseil de famille.

J’entends déjà votre question : une communication saine, ça repose sur quoi ? Eh bien chaque participant au conseil de famille devrait se sentir tout à fait à l’aise de partager son opinion librement, sans aucune censure, et ce, peu importe l’opinion du leader. Cette liberté n’est pourtant pas si simple à mettre en place en raison, entre autres, de ce que j’appelle la triple autorité.

J’ai compris que cette réalité était présente dans mon propre conseil de famille, animé par une personne externe, quand ma fille a demandé de s’entretenir avec elle sans moi. Oh mon dieu! Moi qui me considère comme une femme ouverte, accueillante, respectueuse, comment se fait-il que ma fille ne soit pas à l’aise de parler en ma présence ? Après quelques réflexions, j’ai réalisé que je portais une triple autorité dont je n’étais pas consciente :

  • Autorité de mère
  • Autorité de boss et de fondatrice
  • Autorité du cordon de la bourse

Alors quand vient le temps pour ma fille de partager un point qui me fera peut-être de la peine ou qui ira carrément à l’encontre de ce que je crois, il est possible qu’elle se dise : Mais qui suis-je, moi, pour savoir mieux qu’elle ce qui est bon pour l’entreprise ? Ma fille m’attribue donc une crédibilité qui mine la sienne et qui brise la confiance sur laquelle repose la communication. Et c’est à ce moment précis que l’entreprise et la famille perdent.

Le simple fait de prendre conscience de la triple autorité qui plane sur la famille s’avère déjà, à mon avis, une grande avancée pour éviter d’éteindre le « brain » collectif. Pourquoi ? Parce que je considère que la majorité des membres d’une famille sont bien intentionnés. Les enfants comme les parents veulent le bien de l’autre. Une fois que les membres de la famille ont pris conscience de cette réalité, ils peuvent mettre en place des mesures pour faciliter la communication entre la triple autorité et les enfants.

Se doter d’un conseil de famille animé par un externe peut être d’une grande aide pour ce défi. Le rôle de l’animateur du conseil de famille est de créer une ambiance propice aux échanges tout en partageant ses connaissances pour assurer une meilleure cohésion au sein de la famille en affaires. Cet animateur doit donc être doté de plusieurs forces :

  • Capacité de ne rien prendre personnelle
  • Crédibilité
  • Bienveillance
  • Gestion du temps
  • Médiation

L’animateur externe contribue donc à ce que chacun se sente entendu et compris et favorise les conflits constructifs. Afin que chaque membre puisse s’exprimer, je priorise un ordre de parole bien précis lorsque j’anime des conseils de famille : j’invite la jeune génération à parler en premier. La parole va d’abord à celui qui, dans la jeune génération, parle le moins vers celui qui parle le plus. Quand la jeune génération a parlé, on passe à la plus expérimentée, en respectant toujours l’ordre de parole : du plus silencieux au plus volubile. Un conseil de famille animé par un externe permet donc à tous les membres de contribuer au conseil de famille sans avoir le poids de ce rôle sur leurs épaules.

En bref, se doter d’un conseil de famille dans lequel on respecte un ordre de parole permet d’ouvrir la discussion afin que les parents expriment leurs attentes envers leurs enfants et que la relève partage ses idées librement sans avoir peur de bousculer l’autorité.

Si la triple autorité engendre un manque de communication, une autre variable peut expliquer la difficulté de communiquer au sein d’une entreprise familiale : la capacité d’adaptation et de cohésion. Nous aborderons ces deux variables grâce au modèle d’Olson dans le prochain billet de blogue.

Pour vous référer à tous les billets de blogue de la série Famille en affaires: Connexion des générations, cliquez sur ce lien.

Sylvie Huard

Sylvie Huard

Je travaille avec des gens qui souhaitent un changement significatif et durable dans leur organisation et pour qui le bonheur au travail est prioritaire. Ensemble, nous quittons brièvement le chaos du quotidien pour créer un environnement contrôlé. Avec un recul sur la situation, des possibles apparaissent.
Animée par le désir d'humaniser le monde des affaires, je suis toujours en quête des meilleures pratiques d'affaires à travers chercheurs et praticiens de partout dans le monde. Ma passion pour l'entreprise familiale m'a menée à devenir membre du sélect Psychodynamic in Family Business (PDFB).
Sylvie Huard
bac psy., MBA, ACFBA Advanced Certificate Family Business Advising
"Mieux se comprendre, pour avancer avec sens et puissance ensemble."
Sylvie Huard

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